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Développement durable en entreprise
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Pollution numérique : comment la réduire en entreprise ?

Pollution numérique : comment la réduire en entreprise ?

Olivier CLUR, Fondateur de Backcarbone

Mes articles sont conçus pour vous transmettre mes découvertes et vous éclairer dans votre stratégie carbone.

Pollution numérique : comment la réduire en entreprise ?

Omniprésent à toutes les échelles et dans tous les pays du monde, le numérique produit une pollution silencieuse et partiellement invisible. A lui seul, ce secteur représente aujourd'hui environ 4 % des émissions globales de CO2 (2 % en France), soit presque autant que le secteur aérien, un chiffre exponentiel lié au développement digital mondial. Face aux conséquences à venir du réchauffement climatique, il devient impérieux de réduire l'impact environnemental de nos modes de vie ultra connectés. A l'échelle de l'entreprise, différentes solutions sont possibles pour limiter la pollution numérique

D'où vient la pollution numérique ?

Contrairement aux véhicules thermiques dont on peut mesurer les émissions de gaz à effet de serre presque visibles en sortie d'échappement, la pollution numérique n'est pas celle qu'on voit le plus. Pourtant, elle est bien là, durant tout le cycle de vie des équipements de leur fabrication au recyclage mais aussi dans la transmission et le stockage des données dématérialisées, avec 7 à 10 % de la consommation électrique mondiale.

La pollution des équipements digitaux

Le secteur numérique est en plein boom technologique, avec toujours plus de nouveaux supports (ordinateurs, smartphones, tablettes, supports externes…), si bien que des 34 milliards recensés dans le monde en 2021, on pourrait atteindre 50 milliards de terminaux digitaux d'ici 2026.

D'après la dernière étude conjointe de l'ADEME (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie) et de l'ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse) publiée en mars 2023, le cycle de vie de ces terminaux représente 79 % de l'empreinte carbone du numérique globale, soit plus de 3 % des émissions GES mondiales. Ce chiffre prend en compte l'électricité nécessaire au fonctionnement des appareils (seulement 21 % de la pollution induite sur tout le cycle de vie) mais également : 

  • leur fabrication (50 à 400 fois le poids du produit fini en matières premières dont des dizaines de métaux et terres rares et une fabrication dans des usines asiatiques alimentées au charbon)
  • toute la chaîne logistique d'acheminement des matériaux jusqu'au consommateur/usager (un seul smartphone ou tablette fait 4 fois le tour de la terre en moyenne d'après l'ONG Greenly)
  • le recyclage (encore balbutiant, se terminant dans la plupart des cas dans des décharges à ciel ouvert en Afrique ou en Asie du Sud-Est en polluant les sols, l'air et les nappes phréatiques).
pollution numérique, comment la réduire ?

La pollution liée à la transmission et au stockage des données 

Une fois les 79 % des terminaux enlevés sur la globalité de la pollution du numérique, il en reste 21 %, imputables à la transmission (5 %) et au stockage des données (16 %).

Toujours invisible mais non moins coûteuse sur le plan environnemental, la transmission des données mondiale englobe les requêtes sur les moteurs de recherche (180 millions par heure sur Google), les mails (8 à 10 milliards par heure), le streaming (300 millions de tonnes de CO2 par an pour 60 % des données numériques transmises), le téléchargement… 

Accessibles dans le monde entier instantanément grâce au réseau internet, ces données parcourent en moyenne 15 000 km d'un terminal à l'autre via d'innombrables câbles sous-marins, antennes relais et espaces de stockage.

Ces data centers (environ 63 millions répartis dans le monde), très gourmands en énergie et en ressources, réchauffent également l'atmosphère terrestre par leur propre production de chaleur mais aussi par celle des systèmes de climatisation nécessaires à leur refroidissement permanent. Dans son étude Empreinte Environnementale du Numérique Mondial en 2019, l'ONG Green IT considère que le fonctionnement des data centers représente 1 % de l'énergie électrique produite dans le monde et 0,5 % des émissions GES globales.

Bien sûr, la pollution numérique est directement corrélée à nos modes de vie et nous sommes seuls responsables de notre goût immodéré pour la VOD (Netflix, Amazon Prime Vidéo, Disney+, Youtube, Spotify…), les réseaux sociaux, les échanges de mails tous azimuts et le remplacement accéléré d'appareils digitaux qui pourtant fonctionnent encore très bien. L'étude de l'ADEME et de l'ARCEP projette une augmentation de 45 % de l'empreinte numérique d'ici 2030 et de 187 à 372 % à l'horizon 2050 selon le scénario envisagé (du meilleur au pire). Autant dire qu'il est urgent d'agir pour lutter contre le réchauffement climatique mais aussi contre l'appauvrissement des ressources exploitables qui finiront par manquer ! Pour cela, les entreprises ont un rôle important à jouer.

Réduire la pollution numérique en entreprise

Obligatoire pour les entités de plus de 500 salariés, la démarche de responsabilité sociale et environnementale des entreprises (RSE) s'inscrit dans une politique de développement durable que toutes devraient mettre en œuvre, même à la petite échelle des TPE-PME. Intégrer des usages du numérique en entreprise plus raisonnés et plus écoresponsables est un pas considérable dans la bonne direction pour réduire la pollution digitale et adopter de bonnes pratiques. Pour cela, il est essentiel de sensibiliser toutes les parties prenantes à la sobriété numérique en commençant par les collaborateurs au moyen d'ateliers, de communication interne et externe, d'implication concrète dans la démarche RSE, résultats progressifs à l'appui.

Les mails : principale source de pollution numérique

Chaque jour, chaque collaborateur échange des dizaines de mails au sein de l'entreprise et à l'extérieur, dont 60 % ne sont pas ouverts. Sachant qu'un mail sans pièce jointe émet 4 grammes de CO2 et 30 grammes avec PJ (soit une ampoule allumée pendant 1 heure), la facture environnementale annuelle est salée. 

Réduire le nombre de mails et de destinataires à l'essentiel et transmettre les documents les plus volumineux sur support externe permettrait de réduire sensiblement la pollution induite. Cela améliorerait aussi la productivité des collaborateurs qui perdent un temps quotidien considérable à lire et trier leur courrier électronique. 

De plus, il est pertinent de sensibiliser ses employés au stockage des mails dans le cloud, donc dans des data centers, et de vider régulièrement leur boîte mail afin de limiter leur empreinte environnementale.

Réduire la pollution de son cloud

Aujourd'hui, la plupart des documents d'entreprise sont dématérialisés, stockés sur des clouds numériques, avec une gestion électronique de documents (GED) faramineuse qui tend à l'infobésité. Contrairement à un stockage interne sur des disques durs, cette dématérialisation de documents pèse dans la balance de la pollution numérique. Les données sont immédiatement accessibles et font appel à différents serveurs dans le monde entier avant d'arriver sur le terminal numérique et plus la sécurité est élevée, plus il y en a. 

Bien que la dématérialisation soit un gain de temps notable pour les parties prenantes, avec la réduction du papier et des archives matérielles, elle doit être raisonnée et limitée aux documents réellement importants. On privilégie également un service de cloud écoresponsable.

pollution numérique entreprise

L'hébergement web et les moteurs de recherche

Toutes (ou presque) les entreprises ont une vitrine numérique, avec souvent un service de vente en ligne. Elles ont donc l'obligation de choisir un hébergeur pour leur site internet. En optant pour une solution d'hébergement écologique et en se tournant vers un prestataire écoresponsable (électricité décarbonée, financement de projets de compensation carbone…), l'impact environnemental de la vitrine digitale se réduit.

Il en va de même pour le moteur de recherche présent sur les terminaux numériques de l'entreprise. Dans le monde en 2023, Google Search rafle 93 % des parts de marché des recherches tous supports confondus, suivi par Bing (2,81) et Yahoo! (1,13 %), une hégémonie à reconnaître avec prudence car la Chine l'utilise très peu (3 % seulement du volume de recherche). La tendance est similaire en France avec Google à 91,75 %, Bing à 4,24 % et Yahoo! à 1,80 %. 

Toutefois, une simple requête dans le moteur de recherche de Google équivaut à laisser une ampoule allumée pendant 60 minutes et il y en a environ 180 millions par heure dans le monde. Bien que Google affiche sa neutralité carbone depuis 2007, on peut donc se tourner vers un moteur de recherche écoresponsable comme Ecosia ou Lilo et l'installer sur les postes de travail de l'entreprise. 

En termes de sensibilisation au numérique responsable des équipes, on peut leur recommander de faire de même sur tous leurs terminaux professionnels et personnels, d'enregistrer les sites les plus consultés en favoris afin d'éviter d'émettre une nouvelle requête à chaque fois, de limiter le nombre d'onglets actifs ouverts en même temps sur leur navigateur… 

Les réseaux sociaux

Le développement d'une entreprise comme de n'importe quelle entité repose essentiellement aujourd'hui sur sa communication numérique, inévitablement liée aux réseaux sociaux : Facebook, Instagram, TikTok, LinkedIn, Youtube, Pinterest, Reddit... A raison car, selon l'ONG Greenly, les réseaux sociaux numériques comptent 4,33 milliards d'utilisateurs actifs dans le monde (dont 52,6 millions en France), qui y passent en moyenne 2h24 par jour en 2022. Ils sont donc devenus de véritables outils marketing pour la communication d'entreprise, un levier incontournable pour élargir son réseau et trouver de nouveaux clients ou les fidéliser. 

Néanmoins, leur fonctionnement (transmission et stockage des données) a une empreinte écologique faramineuse, extrêmement variable selon le réseau social utilisé : 

  • 3 à 100 mégaoctets/minute de données échangées
  • 8,5 à 15,8 mAh/minute d'énergie consommée
  • 165,6 grammes Eq.CO2/jour/utilisateur en moyenne pour regarder et partager du contenu.

En entreprise, différents leviers d'amélioration sont possibles sans faire une croix sur l'impact positif des réseaux sociaux : 

  • sélectionner les réseaux sociaux pertinents pour atteindre la cible
  • programmer les publications aux moments où elles sont le plus susceptible d'atteindre la cible
  • limiter la qualité des vidéos en réduisant la définition (est-ce que publier une publicité en 4K est vraiment utile ?) ou en la compressant
  • communiquer sur l'engagement écoresponsable de la marque
  • sensibiliser les salariés à l'impact négatif des réseaux sociaux afin qu'ils adoptent de meilleures pratiques professionnelles et personnelles. 

Les visioconférences

Avec la crise COVID, le télétravail s'est vraiment développé et, pour maintenir un semblant de collaboration d'entreprise, la visioconférence a suivi le même essor. Différents éditeurs proposaient déjà ou ont développé des outils de communication vidéo instantanée afin de répondre à la demande : Zoom, Face Time (Apple), Google Meet, Skype… 

Très pratiques, ces outils ont permis aux collaborateurs d'échanger à plusieurs de vive voix sans être présents au bureau. Cependant, on oublie trop souvent que cette communication vidéo a un impact environnemental de transmission des données, voire de stockage si la réunion a été enregistrée et reste disponible sur un cloud.

En bonne pratique, il est important de limiter le nombre de participants (certains ayant dû s'équiper à la maison, gonflant ainsi davantage le nombre de terminaux digitaux en circulation, avec leur propre empreinte écologique), de visioconférences (une audioconférence peut être suffisante) et de conservation des réunions. 

L'équipement en terminaux numériques

Dernier point et non des moindres de la pollution numérique des entreprises, les terminaux numériques : ordinateurs fixes ou portables, smartphones, tablettes, supports externes, vidéoprojecteurs, tableaux interactifs (TBI)... A eux seuls, ils concentrent 79 % de l'impact écologique du secteur numérique de l'entreprise. La fabrication d'un simple ordinateur portable de 2 kg nécessite 800 kg de matières premières (dont des métaux et terres rares extraits dans des pays en voie de développement avec des conditions écologiques et humanitaires plus que discutables), 22 kg de produits chimiques polluants, 240 kg de combustible fossile et 1,5 tonne d'eau. De plus, il ne sera recyclable qu'à 10 à 30 % selon l'étude We Green IT.

Malgré cette immense consommation de ressources et la pollution générée, les entreprises renouvellent encore trop souvent leur parc informatique alors que les équipements n'ont que quelques années et sont encore fonctionnels. Ils pourraient trouver une seconde vie en étant relocalisés dans un autre service ou reconditionnés pour être vendus ou donnés.

On peut également privilégier des appareils moins gourmands en énergie (supports mobiles) et surtout ne pas les laisser allumés 24h/24 et 365 jours/an. La mise hors tension à chaque fin de journée de bureau permet de diviser par 2 la consommation d'énergie de chaque terminal, en plus de prolonger sa durée de vie d'autant. 

A l'échelle de l'individu comme de l'entreprise, chaque petit geste compte. Tous cumulés, ils feront la différence en réduisant significativement la pollution liée aux usages numériques au travail et en dehors. Des achats plus raisonnés à une utilisation responsable des données digitales, il est possible d'entrer dans une démarche RSE active, avec des bénéfices à tous les niveaux.

Affirmer l'engagement de son entreprise face à la pollution numérique

Face aux enjeux environnementaux majeurs qui marquent notre époque, de plus en plus d'entreprises ont pris conscience de leur responsabilité dans la lutte contre la pollution numérique.

Si vous aussi vous souhaitez affirmer votre engagement contre la pollution numérique, la première étape est de réaliser un état des lieux de votre empreinte environnementale actuelle en termes d'utilisation des technologies numériques. Ensuite, vous pouvez mettre en place des actions concrètes pour la réduire : optimisation des processus numériques, utilisation de technologies plus éco-responsables, formation et sensibilisation RSE de vos collaborateurs sur les bonnes pratiques environnementales...

Il est important de comprendre que la lutte contre la pollution numérique ne doit pas être un objectif à court terme, mais un engagement de long terme qui nécessite une implication constante et un dialogue permanent avec l'ensemble des parties prenantes de votre entreprise. L'adoption d'une approche responsable en matière de technologies numériques peut également contribuer à renforcer la réputation de votre entreprise et à répondre aux attentes d'un public de plus en plus sensible aux enjeux environnementaux.

Obtenir un label RSE ou une certification est également un bon moyen pour les entreprises d'affirmer leur engagement en faveur de l'environnement et de la lutte contre la pollution numérique. Ces labels, tels que la certification ISO 14001 ou le label numérique responsable, permettent de garantir que votre entreprise respecte des normes environnementales strictes et reconnaissent vos efforts en matière de développement durable.

En obtenant un label ou une certification, votre entreprise pourra ainsi prouver à ses clients, partenaires et acteurs de l'écosystème que son engagement en faveur de l'environnement est réel et que des mesures concrètes ont été prises pour réduire son empreinte carbone. En fin de compte, l'obtention d'un tel label peut renforcer l'image positive de votre entreprise et renforcer la confiance de vos clients et partenaires envers votre engagement environnemental.

Définissons ensemble, votre stratégie bas carbone.

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